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Design 2026-10-14 · 6 min

Dimensionner les barres omnibus d’un tableau électrique

Les barres omnibus distribuent toute la puissance du tableau : voici comment choisir leur section, leur matière et leur écartement sans surdimensionner.

Auteur : Équipe GorkyCAD

Le rôle des barres omnibus dans un tableau

Les barres omnibus, ou jeux de barres, sont les conducteurs rigides qui distribuent l’énergie à l’ensemble des départs d’un tableau ou d’une armoire. Elles remplacent les liaisons souples par un conducteur massif, en cuivre généralement, parfois en aluminium, qui assure à la fois la continuité électrique, la répartition mécanique des départs et la robustesse lors des manœuvres.

Leur dimensionnement conditionne la tenue globale de l’installation. Une barre sous-dimensionnée s’échauffe, vieillit mal, provoque des pertes par effet Joule et peut participer à l’extension d’un défaut. Une barre surdimensionnée alourdit le tableau, complique les raccordements et augmente le coût sans bénéfice technique réel. Le bon dimensionnement se situe à l’intersection de trois critères : l’échauffement, la tenue aux contraintes de court-circuit et la chute de tension.

Contrairement à un câble souple, une barre omnibus est souvent accessible, refroidie par l’air de l’armoire et supportée par des pièces isolantes régulières. Ces particularités expliquent pourquoi ses conditions d’emploi et donc son courant admissible diffèrent largement de ceux d’un conducteur posé en conduit.

Les trois critères de dimensionnement

Un jeu de barres se vérifie sur trois plans qui doivent être satisfaits simultanément. Le premier est thermique : le courant d’emploi ne doit pas dépasser le courant admissible de la barre dans ses conditions réelles de refroidissement. Le deuxième est mécanique et thermique vis-à-vis du court-circuit : la barre doit absorber l’énergie du défaut sans se déformer ni fondre, et ses supports doivent résister aux efforts électrodynamiques. Le troisième est la chute de tension, marginale sur de courtes longueurs mais jamais nulle sur les longues colonnes de distribution.

La démarche courante consiste à partir du courant d’emploi du tableau, à le majorer pour tenir compte de la température ambiante et du mode d’installation, puis à choisir la section normalisée immédiatement supérieure. On vérifie ensuite la contrainte de court-circuit et, le cas échéant, la chute de tension, avant d’arrêter la référence définitive.

Le courant d’emploi se déduit de la puissance à transiter et du type d’alimentation. En triphasé équilibré, il s’écrit I = P / (√3 × U × cos φ), avec U la tension entre phases. En monophasé, le dénominateur se réduit à U × cos φ.

Courant admissible et échauffement

Le courant admissible d’une barre dépend de sa section, de sa matière, de la température ambiante de l’armoire et de son écartement. Une barre isolée ou peinte dissipe différemment une barre nue ; plusieurs barres parallèles proches se réchauffent mutuellement et voient leur courant admissible réduit. Les fabricants publient ces valeurs dans des tableaux de correspondance section-courant, à utiliser de préférence aux estimations rapides.

Section de barre cuivreCourant indicatif
15 × 3 mmenviron 160 A
20 × 5 mmenviron 300 A
30 × 5 mmenviron 420 A
40 × 5 mmenviron 540 A
2 × 40 × 5 mmenviron 1 000 A

Ces ordres de grandeur concernent une barre nue en cuivre, à température ambiante modérée, et supposent une libre circulation de l’air. Ils illustrent la logique du choix, mais doivent toujours être confrontés aux données du constructeur et aux conditions réelles : température de l’armoire, ventilation, nombre de barres voisines et éventuel confinement.

Tenue aux contraintes de court-circuit

Lors d’un défaut, un courant très élevé traverse la barre pendant un temps très bref. Deux phénomènes en résultent : un échauffement adiabatique, qui risque de faire fondre ou d’affaiblir le métal, et des efforts électrodynamiques, qui peuvent plier les barres ou arracher les supports. La vérification thermique compare l’énergie spécifique supportée par le conducteur à l’énergie dissipée par le défaut selon la relation I²t, en tenant compte du temps de coupure effectif de la protection amont.

Les efforts électrodynamiques croissent avec le carré du courant et diminuent quand l’écartement entre barres augmente. Une barre large, maintenue par des supports rapprochés et correctement serrée, résiste mieux qu’une barre étroite faiblement bridée. La tenue de crête, liée au pouvoir de fermeture de l’appareil placé en tête, fait partie intégrante de la vérification.

Le choix de la protection amont a donc un effet direct : plus elle coupe vite, moins la barre subit d’énergie, et plus la section retenue peut rester économique. Barres et protections se dimensionnent ensemble, jamais séparément.

Chute de tension et longueur des barres

Sur un tableau compact, la longueur des barres omnibus reste faible et la chute de tension y est négligeable. Il en va autrement des longues colonnes de distribution, des canalisations préfabriquées ou des jeux de barres qui traversent un bâtiment sur plusieurs dizaines de mètres. La résistance et la réactance de la barre ne peuvent alors plus être ignorées.

La chute de tension s’exprime en pourcentage de la tension nominale et se compare aux limites admises pour le type de circuit : plus serrée pour l’éclairage, plus souple pour la force motrice. Elle augmente avec la longueur, le courant et la réactance, cette dernière prenant de l’importance dès que les courants deviennent élevés ou que les barres sont rapprochées.

Pour les grandes longueurs, il est fréquent que le critère de chute de tension devienne déterminant avant le critère thermique. La section finale est alors la plus grande de celles exigées par l’ensemble des critères, arrondie à la référence normalisée supérieure disponible chez le fabricant.

Exemple de calcul et vérifications finales

Prenons une armoire triphasée à 400 V entre phases, facteur de puissance 0,9, appelant une puissance de 350 kW. Le courant d’emploi vaut 350 000 / (√3 × 400 × 0,9), soit environ 561 A.

Le tableau de correspondance du fabricant, corrigé pour la température de l’armoire et le groupement des barres, conduit à retenir une section capable d’admettre ce courant avec une marge raisonnable. On vérifie ensuite la tenue au court-circuit à partir du courant de défaut présumé et du temps de coupure de la protection amont, puis la chute de tension si le jeu de barres est long.

Les erreurs les plus fréquentes sont de retenir le courant admissible « catalogue » sans corriger la température, d’oublier le déclassement lié au groupement des barres, de négliger les efforts électrodynamiques ou de miscorréler la barre et la protection amont. Une note de calcul qui détaille chaque étape évite ces oublis.

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Questions fréquentes

Cuivre ou aluminium pour les barres omnibus ?

Le cuivre conduit mieux et occupe moins de volume à courant égal, mais il est plus dense et plus coûteux. L’aluminium convient pour de fortes sections, à condition de respecter des connexions adaptées et une section plus grande.

Faut-il peindre les barres pour améliorer leur courant admissible ?

Les revêtements peuvent modifier légèrement l’émissivité et donc la dissipation thermique, mais les valeurs fiables sont celles publiées par le fabricant pour la configuration exacte ; mieux vaut s’y référer que de compter sur un gain supposé.

Le courant admissible du catalogue suffit-il ?

Non. Il faut le corriger selon la température ambiante de l’armoire, le groupement des barres et le mode d’installation. Ces corrections peuvent réduire sensiblement la valeur de référence.

Quand la chute de tension devient-elle déterminante ?

Sur les longues colonnes de distribution, la chute de tension peut imposer une section supérieure au critère thermique. C’est souvent le cas des jeux de barres traversant un bâtiment sur grande longueur.

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